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Yvette Lévy
une scoute déportée 
juste avant la Libération 
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Shoah : les derniers témois racontent
Le Monde 08.08.05

Yvette Dreyfus (épouse Lévy) est née à Paris en 1926, de parents juifs, originaires d'Alsace. Son père étant embauché par les Grands Moulins de Pantin, la famille déménage à Noisy le Sec, en banlieue parisienne. Elle est élevée, avec ses deux frères, dans le respect des traditions juives, mais ses parents sont " plutôt modernes ". La perspective de la guerre avec l'Allemagne nazie n'inquiète guère les Dreyfus : " On n'y prêtait pas attention ". Après l’exode qui emmène la famille jusqu’à Tours, sous le feu constant de l’aviation de l’Axe, les Dreyfus reviennent à Noisy et subissent bientôt les premières mesures anti-juives. " Rentrer à l’école avec l’étoile, c’était pas facile ". L’hostilité d’une de ses professeurs la pousse à rejoindre un cours commercial. Pourtant, " on était persuadés qu’il ne nous arriverait rien ", se souvient-elle.

Monitrice aux Eclaireurs israélites de France, Yvette accueille, rue Claude Bernard à Paris, des enfants de déportés, jusqu’à leur dispersion dans la clandestinité. Son groupe d’éclaireuses est arrêté par la Gestapo le 22 juillet 1944 et transférée à Drancy, où elles arrivent " en chantant pour garder le moral ". La libération semble proche, et les jeunes filles sont convaincues d’échapper à la déportation. Pourtant , le 31 juillet , elles partent pour Auschwitz, dans un convoi de 1300 personnes, dont un bébé de 15 jours né à Drancy, et beaucoup d’enfants.

Dans le bloc de quarantaine de Birkenau, les " demoiselles de Paris " sont mal accueillies par d’anciennes déportés d’Europe centrale. Elles découvrent l’horreur de l’extermination (le " commando du ciel " et des sélections. En octobre 1944, Yvette est transférée dans un camp en Tchécoslovaquie. Elle travaille dans une usine d’armement, avec des ouvriers allemands et tchèques. Ce camp est littéralement abandonné par les SS un jour d’avril 1945, Yvette et ses camarades organisent péniblement leur rapatriement en France.

Mariée à un juif caché à Marseille durant la guerre, Yvette Lévy consacre depuis plusieurs années une partie importante de son temps à témoigner. Retourner à Birkenau est pour elle " une victoire sur les nazis " : " Nous sommes toujours là pour raconter ce qui s’est réellement passé ".

Témoignage à écouter sur le site 
http://www.lemonde.fr/web/vi/0,47-0@2-641295,54-672660,0.html