L'école numérique, pistes de réflexion

Une question de Caroline Jouneau-Sion en vue de la mission Fourgous a suscité un vif intérêt sur la liste des clionautes, sur la liste H-Francais, sur le forum des clionautes, sur...
Plusieurs réponses sur la liste H-Français dont celle de Denis Sestier auquel répond la première partie de ce texte.

Ne pas oublier que nous avons déjà donné : la dernière fois, c'était en janvier 2008, pour la mission Mounet (celle des industriels du secteur). Evitons d'imiter les missionnés : eux savent faire l'impasse sur ce qui les a précédé.
http://clioweb.free.fr/peda/eeduc.htm

Pour ne pas créer de fausses illusions, il semble nécessaire de faire des choix préalables :
Que voulons-nous ?
Le 100 % numérique, avec l'impact sur notre enseignement ?
Ou plutôt un élargissement de ce qui se fait déjà ?
Pour quels résultats en histoire et dans la formation intellectuelle ? 
("la question impossible" de Serge Pouts-Lajus).


D'accord sur l’essentiel avec Denis et avec Pierre :
sur la nécessité d’une formation des profs vraiment adaptée aux besoins,
sur les insuffisances en ce qui concerne la maintenance
sur la prise en compte nécessaire de l’équipement des profs 
et sur la prise en compte du travail hors classe.

En lycée, à l’usage et dans les discussions avec les collègues, l’élément central, c’est la question des effectifs. 36 élèves de seconde dans une salle avec 15 postes, je ne sais pas faire, à la fois pour des questions de matériel et des questions de disponibilité et d’encadrement.
Par contre, la salle d’info est plus spontanément utilisée par tous mes collègues en Education civique ou dans les modules d’HG, là où le travail en groupe peut être personnalisé, et être possible et efficace.

La question des effectifs n’est pas simple :
Nos collègues de SVT préfèrent 2 groupes de 17 (donc pour nous une classe de 34) pour leurs TD. Mais ils ont sacrifié des heures de cours classe entière. Sommes-nous prêts à faire le même sacrifice ?
En STG, les salles sont svt 24 postes ; eux préfèrent les classes à effectifs restreints.
En TPE, c’est classe entière, mais 2 profs, et donc plusieurs lieux (salle de classe, salle d’info, CDI…)

Je serais plus prudent que Denis en ce qui concerne la conception des applications.
J’ai pratiqué la coopération artisanale avec un prof de maths au temps des diagrammes ombro-thermiques et de la carto statistique ou thématique. 
Cette coopération est souhaitable. Les éditeurs la font vivre pour la conception des manuels.

Le cas du MEN est plus compliqué.
Que voulons-nous ?
des séquences certifiées et des contenus totalement sous contrôle ?
Nous avons vu que les cours en ligne pour grippe aviaire ou grippe mexicaine posent d’énormes problèmes. J'ai aussi tendance à me méfier ces temps-ci de la volonté de contrôle des contenus, par ENT interposés.Travailler avec le web global, c'est plus difficile, mais cela me semble bien plus efficace pour la formation
Je suis aussi méfiant sur le forcing de structures comme l'IGN ou l'INA. On a parfois l’impression que le MEN leur sert de vache à lait pour masquer un financement très insuffisant. Or si j’ai besoin de traiter de l’antisémitisme de Vichy, je préfèrai la séquence Nimbus libéré chez Chabrol (L’œil de Vichy) à une version des actualités de Vichy (j’ai vu les dégâts à Oradour, lors d’une expo).
 

La question des horaires n’est pas simple.
Le saucissonnage a ses défauts. Nous les connaissons.
Mais l’autre système n’évite pas les problèmes : il suffit d’observer l’activité de certains élèves lors des séances de TPE. En fait, il me semble que les problèmes viennent de l’addition des 2 systèmes : les horaires figés (1 ou 2 h en classe à 34 h), les horaires des options excessives (je crois me souvenir de 18 activités différentes en 1ere, dans une classe de 30 élèves…). Déplacer ponctuellement une seule heure devient impossible du fait des groupes multiples, des heures de quinzaine… La souplesse me semblerait essentielle, bien avant des horaires groupés façon Darcos.

4 nuances pour finir :
- Où est l'essentiel ? dans le "nouveau", "nouvelle"  la "novation", dont nous savons les usages publicitaires, tout comme celles de l'adjectif "naturel" ? Ou dans la recherche d'un enseignement soucieux d'efficacité dans la formation intellectuelle ?

- La lecture de l'image a moins progressé avec la vidéo via le magnétoscope (on travaillait plus sur le récit que sur l'image - l'arrêt sur images était souvent de piètre qualité) qu'avec les vidéoprojecteurs actuels. Faire un véritable arrêt sur image, travailler sur une séquence courte est devenu d'une très grande simplicité.
Je stigmatiserais moins les usages du vidéoprojecteur : le travail de la classe est possible sur ce type de support, bien plus que sur des extraits de texte ou à partir d'un cours magistral.

- ce qui fait notre force, et celle des élèves, c’est la très grande richesse du web et la diversité des usages possibles. Le tout indexé par les robots de Google et accessible gratuitement et dans l’instant grâce à l’investissement dans les fermes de serveurs. Chez nous, plutôt que de mettre ces machines en réseau, on préfère parfois faire gagner de l’argent aux officines de sécurité. Ou inventer des usines à gaz, et se dépêcher de mettre des mots de passe et des clés ingérables.
- La question de la formation évoquée par Pierre est plus compliquée aussi. Quand il fallait tout découvrir, nous avons connu des stages de 200 h, voire pour les pros des stages d’une année. En fait aujourd’hui, avec internet, la formation est à la fois sur le tas, par entraide mutuelle. Cela laisserait de la place pour une vraie formation pédagogique. A condition de ne pas en faire un enjeu de pouvoir et de guerre entre les didacticiens (de la géo ?) et les autres.

- Il m’arrive de rêver à un Wikipedia des profs. Logiquement, une telle réalisation bénéficierait de l’énorme culture, de l’expérience et de la pratique des profs ; elle pourrait vraiment prendre en compte les attentes réelles des élèves et distinguer entre ce qui est survol et ce qui est approfondissement (cf la forme des vieux QSJ). En même, à voir fonctionner certaines listes, cela pourrait aussi devenir l’enfer
avec des guerres d’édition permanentes.



Plusieurs questions :
- Les technologies éducatives, ce sont à la fois des discours et des pratiques (en fonction de contraintes). Avec parfois un fossé important entre les 2.

Les horaires ? Existe-t-il un système parfait, si la souplesse n'est pas prévue au départ ?
voilà 5 ans, il y avait en latin, pour tout un lycée, 5 élèves venant de 4 secondes. Imaginez le casse-tête pour le responsable de l'emploi du temps...
Commençons par simplifier l'offre en option (environ 18 activités différentes dans une 1ere S à 30 élèves,
avec souvent des effectifs de moins de 10 élèves ; nos adversaires s'en servent...)

Nuance aussi à propos des discours sur le vidéoprojecteur :
oui il peut renforcer le magistral,
mais il peut aussi servir de support à une réflexion collective.
Et surtout, la qualité photo de la pause des VP actuels permet enfin un vrai travail sur l'image (celui que Rosenberg n'a jamais croisé).
Toute la différence avec le temps des films 16 mm évoqué à Blois par Annette Wieviorka ou l'image brouillée par la pause des magnétoscopes. Avec ces derniers, les élèves entendaient d'abord un discours, récit ou argumentaire.
 

- Quelle ambition veut-on afficher auprès du député UMP ?
Améliorer les outils avec lesquels nous travaillons ?
Ou le prendre pour un Père Noël, rêver tout haut à la mise en place (par l'actuelle majorité) de l'éducation idéale, avec l'équipement qui va avec ?

Toute l'HG enseignée en numérique ?
Alors il faut partir de l'expérience de Fabienne et calculer combien cela va coûter aux collectivités, c'est à dire à nous tous (même avec les mini-ordinateurs à 250 euros).

Ou seulement chercher étendre les aspects positifs des TPE ,
et se concentrer dans l'année sur les sujets où le numérique apporte un avantage décisif (travail avec Geoclip, avec Google Earth, avec le Web Gallery of Art) ?
Un exemple concret : 20 mn de revue de presse en salle de TD, ce n'est pas au programme.
C'est pourtant essentiel, pour les lycéens qui ignorent l'actualité et les journaux. De plus,cela remet l'ordi à sa place, celui d'un outil bien utile.
 

- Les contenus numériques.
J'en ai parlé dans la chronique : Minitel 2.0 (avec contrôle par les entreprises et le pouvoir) ?
Web ouvert, libre et gratuit ?
Les ENT ? David sait toute la différence entre l'informatique administrative (absences, notes...) et l'informatique pédagogique.
Pour répondre à Anthony, disposer de supports de cours, ce n'est pas seulement une question "d'information", pas plus que la lecture d'un ouvrage de didactique de la géo. C'est un élément d'une activité intellectuelle à part entière. La différence est alors entre ce qui est souvent trop formaliste pour un élève et ce qui saisit à bras le corps des problèmes plausibles et solubles.

Un wikipedia lycée, ouvert et réalisé par des profs, est-ce pensable et possible, sans la tutelle d'un supérieur hiérarchique, administratif ou pédagogique ??
 

- Un dernier mot : la formation ?
L'héritage laissé par Darcos ne laisse présager de rien de bon.
On peut toujours rêver, et taire les affrontements vifs entre courants pédagogiques.
Le bricolage actuel risque de durer longtemps, tempéré par les exigences du terrain, par l'entraide entre collègues et par la mutualisation de ce qui marche bien.

DL