Le souvenir de 1870,
le côté républicain
Céaucé (61)

Les deux monuments
aux morts
 

 
 

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1914-1918,
le côté droite catholique

.


Céaucé, une commune de l’ouest du département de l’Orne, au sud de Domfront, 
peut alimenter une étude de cas.

La commune a financé deux monuments aux morts :


- Au centre du bourg, un premier, inauguré le 22 septembre 1901,

et payé par Albert Christophe, le député républicain, rappelle les combats de 1870. 

http://clioweb.free.fr/dossiers/14-18/monuments/ceauce70.jpg

En cartes postales anciennes :
http://clioweb.free.fr/dossiers/monuments/ceauc04.jpg
http://membres.lycos.fr/jmaignan/genea/ceauce.htm


- A la sortie du bourg, un second, en forme de calvaire, commémore les morts de 14-18.

http://clioweb.free.fr/dossiers/14-18/monuments/ceauce14.jpg
 


Ces 2 monuments illustrent les rapports entre les forces politiques et leur évolution.

Ils ont été étudiés par Gérard Bourdin dans son travail sur
" Les monuments aux morts dans l’Orne, Pour le deuil ou pour l’exemple ? "
(Le Pays Bas-Normand, N° 3, 1991).

Le premier monument, à la gloire de la garde nationale mobile, très présente dans le Bocage, est inauguré le 22 septembre 1901. " Sur un socle de granit s’érige un soldat, un jeune soldat, calme et fier, l’œil vif, le visage énergique, l’attitude résolue. Ce n’est pas le soldat blessé que l’on a trop vu, c’est celui dont le front obstiné semble plein de la devise qui est à l’ordre du jour de cette fête : " Oublier… Jamais ! ".

Albert Christophle, le député républicain qui a financé le monument, a été préfet de l’Orne pendant " l’année terrible". Il a été gouverneur du Crédit Foncier et il est à l’origine de la station thermale de Bagnoles de l’Orne.
Député de 1871 à 1885 et de 1887 à 1902, incarne la République et la gauche dans l’ouest du département.

Il n'hésite pas à vanter la Révolution et la République : " C’est le 22 septembre 1792 qu’un soldat - jusque-là obscur - Kellermann, à la tête de 10 000 hommes à peine, repoussait l’attaque des 40 000 alliés que l’Europe avait envoyés au secours de la Monarchie…Les républicains de 1901 ne peuvent l’oublier, et c’est pourquoi je salue avec vous le monument qui s’élève en face de vous et qui représente, à nos yeux, l’honneur, la fidélité, le dévouement politique, le respect des morts, l’avenir dans l’avenir, la sécurité et la confiance dans les destinées de la France républicaine ". Dans l'après-midi, un ballon au nom de Valmy est lâché.

Selon Christophle, l’armée de la République "n’a rencontré ici que des admirateurs. Il n’est personne ici qui l’ait combattue. Tous, au contraire, nous l’aimons, nous la glorifions, nous la considérons comme le boulevard le plus solide de l’ordre public et de toutes nos libertés ".

" A partir de 1902, l’arrondissement de Domfront, socialement démocratique, dominé depuis 1869 par le centre gauche, passe par réaction contre la politique anticléricale menée à partir de 1899, sous la domination de députés nationalistes, très à droite, ouvertement anti-dreyfusards… Après 1902, les notables de la droite ornaise développent des thèmes nationalistes, en plaçant l’idée de Patrie au dessus de tout autre concept ".

Le nationalisme, tout autant que la question des Inventaires ou celle des bouilleurs de cru, a contribué au passage à droite du Bocage. 
En 1901, le vicaire général du diocèse de Sées affirme : "l'idée de Dieu et celle de la patrie se résument dans le drapeau national." Autour de 1910, le culte de Jeanne d'Arc se développe, et celui de la Vierge de Pontmain, une commune proche, est important. 

En 1903, le sous-préfet parle clairement de l’Alsace-Lorraine et de l’espoir de la Revanche
" Vous devez élever vos enfants dans l’amour de la France qui est notre mère à tous, vous devez leur inculquer la haine de l’Allemand et vous devez surtout leur apprendre que tout homme qui n’est pas prêt à verser jusqu’à la dernière goutte de son sang pour sauvegarder l’intégrité de notre territoire, est un lâche et par conséquent, indigne d’être Français.
Vous, vétérans, vous apprendrez à vos fils que si nous avons cravaté nos drapeaux de noir et de vert, c’est parce que nous portons dans nos cœurs le deuil de nos compagnons d’armes morts au champ d’honneur ; et que nous avons l’espérance qu’un jour viendra où nous briserons les chaînes qui retiennent captives l’Alsace et la Lorraine sous le joug du Teuton vainqueur ".

En 1911, une médaille commémorative de la guerre de 1870 est instituée par les pouvoirs publics. "A travers les discours officiels apparaissent, à la veille de 1914, les deux sources du nationalisme : la république et la nation pour la gauche modérée ; la patrie, la France éternelle pour la droite catholique.  Les deux tendances ont à leur manière valorisé l’armée et préparé, dans le souvenir de la guerre de 1870, l’affrontement de 14-18 et l’Union sacrée".

Le second monument, celui consacré aux morts de 14-18, a la forme d’un calvaire, un soldat évoquant les batailles de l’Yser et de la Somme, l’autre, les batailles de Verdun et de la Marne. Dans le département de l’Orne, 43 autres communes ont également édifié des calvaires ; en additionnant les simples croix, les calvaires, les statues de saints, la moitié des monuments a une connotation religieuse.
http://clioweb.free.fr/dossiers/14-18/monuments/ceauce14b.jpg

Les derniers numéros du Pays Bas-Normand portent sur la Résistance dans l’ouest de l’Orne pendant la 2GM,  la reconstruction de Flers,
les grèves de 1907, l'histoire du textile…

Sur 14-18, voir aussi Théophile Maupas

DL - 2005-2014