La
montée du national-socialisme dans une petite ville : Thalburg
Thalburg, de son vrai nom Northeim, en
Basse-Saxe,
compte, en 1930, 10 000 habitants dont 86 % de catholiques
La ville compte
alors 37 % d’ouvriers,
32 % de petits bourgeois (retraités, fonctionnaires,
employés,
ouvriers spécialisés), 27 % de membres de la moyenne
bourgeoisie
et 4 % de grands bourgeois. La SPD est bien implantée et a
fondé
une coopérative regroupant 1275 familles. A l’occasion
d’interviews
W Allen analyse la tactique des nazis.
1 - Kurt Zeisser, âgé de 13
ans en 1930
alors apprenti imprimeur, raconte son adhésion aux jeunesses
hitlériennes.
Je ne fus poussé à adhérer aux
Jeunesses hitlériennes
m par mon père ni par qui que ce soit. Je décidais de le
faire de mon propre gré, simplement parce que j'avais envie de
faire
partie d'une association de jeunes à l'intérieur de
laquelle
je pourrais lutter pour un idéal nationaliste. Les Jeunesses
hitlériennes
faisaient du camping, des excursions et tenaient des réunions de
groupes.
Quand je me suis inscrit. en 1930, il y avait des
garçons de
tous les milieux, mais surtout de familles de petits bourgeois et
d'ouvriers,
d'ailleurs, on ne faisait aucune distinction de classe, ce qui me
plaisait
beaucoup. Aucun endoctrinement politique direct ou trop manifeste ;
cela
ne commença que plus tard,.. après l'arrivée de
Hitler
au pouvoir. Je crois que la plupart des garçons s'y inscrivaient
pour les mêmes raisons que moi. Ils cherchaient un moyen de se
réunir
avec d'autres jeunes garçons pour se livrer à des
activités
sortant de la routine. On était aussi en période de crise
et il y avait une atmosphère générale de
laisser-aller
à laquelle des garçons corrects désiraient
échapper.
De toute manière, je ne pense pas que c'était
un facteur
politique qui les poussait à s'inscrire. Nous ne
réfléchissions
pas tellement à ce que nous faisions, mais nous nous amusions
bien
et nous avions le sentiment que nous étions importants.
2 -
Hans Leidler,
ouvrier des chemins de fer et chef de la Reichsbanner dans un faubourg
de Thalburg, décrit l’implantation
nationale-socialiste en
milieu ouvrier:
Au printemps
de 1932, les
Nazis firent leurs premières tentatives pour noyauter
sérieusement
les ouvriers des chemins de fer. Il y avait déjà pas mal
de Nazis parmi les directeurs et dans le personnel des services
techniques
ou des bureaux. Le Parti avait commencé par séduire
certains
hauts fonctionnaires et avait ensuite descendu les
échelons.
Depuis 1931, il y avait des chefs de service qui veillaient à ce
que les ouvriers appartenant aux Chemises brunes jouissent de
traitements
privilégiés... Il y avait souvent des discussions
violentes
et même des bagarres. Quand je disais du mal des Nazis dans des
discussions
avec d’autres ouvriers, on le rapportait à la direction
qui m’interdisait
de parler pendant les heures de travail...
A la fin du
printemps de
1932, on fit signer à tous les ouvriers socialistes une
décharge
qui leur enlevait leur titularisation. La plupart signèrent
plutôt que de perdre leur place. Puis la pression commença
à s’exercer sur les autres travailleurs et,
finalement, le
mot d’ordre devint «Vous vous inscrivez [au syndicat nazi]
ou vous
êtes renvoyés ». Je fus le seul à tenir bon
et
à rester ouvertement au SPD.
W-S- Allen. Une Petite ville nazie (1930-1935).
Laffont éd..
1967, p.148 et l04.
réédité en janvier 2003, dans la collection 10-18
Bordas, histoire 1914-1945, ed
1980 , p 127
+ http://www.enseigner-histoire-shoah.org/la-montee-du-nazisme