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Nuit et Brouillard 
Un film dans l'histoire

Sylvie Lindeperg

Ed Odile Jacob janvier 2007

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4ème de couverture
Message pour H-Français
J'ai vu "Nuit et Brouillard"
Entretiens et 
Conférences en ligne


4ème de couverture :
« C’est par le cinéma que je sus que le pire venait juste d’avoir lieu » écrivait le critique Serge Daney. Plus précisément, grâce à Nuit et Brouillard, le film d’Alain Resnais sorti en 1956.

Walter Benjamin incitait l’historien à découvrir dans l’analyse du petit moment singulier le cristal de l’événement total. C’est ce que propose Sylvie Lindeperg dans cette microhistoire du court-métrage qui a marqué profondément notre imaginaire des camps nazis.

A partir d’archives inédites, elle reconstitue la genèse et les enjeux du film. Elle s’interroge sur les lectures et les usages, parfois inattendus ou contradictoires, dont Nuit et Brouillard a fait l’objet en France comme à l’étranger. Elle retrace le destin singulier de ce lieu de mémoire » en suivant l’évolution des regards portés sur les images et sur l’événement depuis cinquante ans.

Elle pose, dans toute son actualité, la question du rapport entre l’archive et la représentation des camps.


"Il y a nous qui regardons sincèrement ces ruines comme si le vieux monstre concentrationnaire était mort sous les décombres, qui feignons de reprendre espoir devant cette image qui s’éloigne, comme si on guérissait de la peste concentrationnaire, nous qui feignons de croire que tout cela est d’un seul temps et d’un seul pays, et qui ne pensons pas à regarder autour de nous et qui n’entendons pas qu’on crie sans fin".

Ceux qui utilisent le film, ceux qui connaissent le texte de Jean Cayrol liront avec intérêt :
"Nuit et Brouillard, un film dans l'histoire", 
L'ouvrage de Sylvie Lindeperg qui vient de paraître chez Odile Jacob.

20 ans de face à face rapproché, 
depuis un DEA sur la "réception" du film.

Un ouvrage en 2 parties :
- La genèse du film, explorant les arcanes de sa mise en route, dévoilant les repentirs et les couches d'écriture du scénario, pénétrant dans la boite noire de sa fabrication

- La palimpseste de regards, dans le temps et dans l'espace.
Le tout avec référence au travail de l'historienne Olga Wormser.

Les 2 versions du gendarme, c'est page 154,
Le tournage à Birkenau (Ghislain Cloquet), page 89.

"Avec Nuit et Brouillard, les spectateurs, tels de modernes Antigones, pouvaient trouver une place où ensevelir leurs morts ; Shoah est le lieu de la résurrection des assassinés et de dialogue sans fin avec leurs fantomes". p 242

Sylvie Lindeperg a participé à un débat organisé par Nicole Dorra pour l'association Ciné-Histoire (24/01/20007)
http://aphgcaen.free.fr/cercle/cinehist.htm
 


Message pour la liste H-Français, 05/02/2007
«  Nuit et brouillard, un film dans l’histoire »

Attention, ceci n’est pas un compte rendu.:-) 
Pour parodier Pierre Bayard (Comment parler des livres qu’on n’a pas lus), juste une forte incitation :
il faut feuilleter chez votre libraire, parcourir, acheter, faire acheter en bibliothèque, 
lire l’excellent ouvrage de Sylvie Lindeperg.
Surtout, si vous continuez à exploiter en classe ce film qui a durablement influencé notre vision de l’histoire de la déportation.

D’abord pour éviter les approximations.
Ainsi, le film a eu un double parrainage, celui d’associations comme le Comité d’histoire de la 2GM ET le Réseau du souvenir). Avec le soutien financier du MEN et des Anciens combattants (R Triboulet exige une « vision héroïque »)…

Pour écarter la mauvaise foi et les faux procès anachroniques
Les négationnistes peuvent se gausser des «  9 millions de morts  » , de l’allusion à la marque des ongles dans le béton dans les chambres à gaz ou de la mention du «  savon » … 
A l’opposé, ceux qui ne jurent que par «  Shoah  »  brocardent le silence de Jean Cayrol sur la destruction des Juifs («  Stern, étudiant juif d’Amsterdam  »  p 79). Comme si les images ne parlaient pas d’elles-mêmes (le tournage à Birkenau ou à Majdanek, les monceaux d’objets accumulés par les nazis…). 
Cette accusation est contredite par le fait que l’œuvre de Resnais a été convoquée à plusieurs reprises dans la lutte contre l’antisémitisme (en France lors de l’attentat de la rue Copernic, lors des événements de Carpentras…, à Berlin en 1960 à la suite d’incidents antisémites de Noël 1959)

Le film est bien sûr le fruit de son temps ; il est marqué par la personnalité de ceux qui l’ont conçu, par la connaissance des archives en 1955 et par les conditions du tournage. SL souligne la qualité de la recherche documentaire, dans un film qui prend la suite de l’exposition «  Résistance, Libération, Déportation  »  qui a eu lieu au Musée pédagogique, rue d’Ulm.

Une séquence peut servir d’étude de cas :
celle du train quittant Westerbork le 19 mai 1944
http://www.youtube.com/user/Herinneringscentrum
Westerbork, le site web du camp  (en neerlandais, pages en anglais et en allemand) :  http://www.kampwesterbork.nl/
Alain Resnais l’a trouvée à l’Institut néerlandais de documentation de guerre (Amsterdam) où il s’est rendu faute d’avoir des réponses satisfaisantes du SCA (Service cinématographique de l’armée). Il y a 2 raisons probables à ce blocage : les militaires avaient leur conception de ce qu’il fallait montrer à la population (cf le képi) ; le Resnais du film «  Les statues meurent aussi  »  a pu les incommoder.

Le départ du train a été filmé à «  l’initiative des bourreaux  », il a été « mis en scène  »  sur ordre du commandnt Gemmeker et veut «  donner l’apparence de la tranquillité » . 
Alain Resnais y insère le plan du vieil homme avançant sur le quai avec ses 3 petits enfants  ; il ajoute le plan d’Anna Maria (Settela) Steinbach, une fillette tsigane assassinée par les nazis dans la nuit du 1er au 2 août 1944, et dont la trace a été retrouvée par le journaliste Aad Wagenar (p 63 - vidéo vers la 40e seconde). 
SL remet aussi en contexte l’image du jeune garçon aux mains levées, extraite d’une photo nazie montrant l’arrestation en 1943 d’une quinzaine de personnes (à la fin des années 80, « des utilisateurs peu scrupuleux ont jugé bon d’ajouter une étoile jaune sur le petit manteau  »  ( p 64-65).

SL consacre plusieurs chapitres au parcours du film.  Ainsi en RFA, le film est montré en Westphalie du Nord, mais il se heurte aux critiques de certains parents en Bavière ou en Bade-Wurtemberg.
Aujourd’hui, il est conseillé par la Bundeszentrale fur politische Bildung, avec 35 autres films, 
pour son intérêt cinématographique…

En France, le film a été projeté à de nombreuses reprises par la TV. 5000  copies VHS ont été distribuées dans les établissements en 1992. Rares  doivent être les collègues d’histoire qui ne l’ont pas vu lorsqu’ils étaient élèves ou étudiants.

Par expérience personnelle, l’accès au numérique et au vidéoprojecteur a totalement changé la donne par rapport au temps du 16 mm ou de la cassette vidéo.  L’image est excellente en taille et en qualité. 
Pour tous ceux qui ne se contentent pas d’une vidéo presse-bouton, il existe une importante documentation historique (voir le travail de Diapofilm, les fiches du CNDP). 
Ainsi, tout ceci permet d’exploiter des éléments du film dans le chapitre sur « histoire et mémoire de la 2GM », 
avec des arrêts sur image efficaces, pas seulement sur le képi du gendarme… 

Un mot sur 2 exemples de censure : 
au Japon, les douaniers ont bloqué le film : ils estimaient que la violence pourrait choquer les spectateurs nippons (les anciens combattants nippons ??)…

En Grande-Bretagne, en 1956, les censeurs ont pris prétexte d’un cadavre féminin porté par un gardien vers la fosse commune à Bergen-Belsen pour refuser le film. 
Alors que cette même image avait été pourtant été montrée au public sans aucune censure en 1945, 
à un moment où la pudibonderie comptait moins que la mise en accusation des dirigeants hitlériens.

Entretien à l'ENS (18 janvier 2007)

Conférence à l'INA (22 mai 2007)
(pas d'image, utiliser la bande son pour se repérer) 

A partir de l'émission d'E Laurentin une page sur "Nuit et Brouillard" sur le web
(avec renvoi vers Mémoire-Net, le CNDP...) :
dans un dossier sur l'histoire de la déportation

DL 2007